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L’histoire

La Grande Brasserie Ardennaise

Après les quatre longues années de la guerre de 1914-1918, l’industrie ardennaise fut véritablement pillée, lorsqu’elle n’était pas détruite. Ce saccage n’épargne pas les brasseries ardennaises ; quand celles-ci ne sont pas réquisitionnées par l’occupant, elles sont dévastées, démontées ; l’envahisseur récupère principalement le cuivre. Au lendemain de l’armistice, ce sont les brasseurs de Vézelise, de Châlons-sur-Marne, Saint-Dizier, etc. qui approvisionnent les Ardennes, mais le transport coûte cher. Certains brasseurs repartent, comme avant 1914, avec les dommages de guerre qui leur sont alloués et des méthodes ancestrales. En pays sedanais, il est grand temps d’agir ; flairant l’évolution de la fabrication et de la consommation, certains jugent indispensable de concentrer les efforts en regroupant les dommages de guerre.

Un homme va incarner le renouveau brassicole ardennais : Emile Baudelot, petit-fils de Jean-Louis Baudelot, brasseur à Haraucourt et inventeur du système réfrigérant éponyme. C’est lui qui va fédérer un maximum de petits brasseurs sinistrés, rassemblant une bonne trentaine de confrères des Ardennes et du nord de la Meuse. S’ils ne se regroupent pas, les brasseurs sinistrés sont destinés à être mangés, à savoir si c’est à la sauce Champigneulles, Vézelise, Française ou Boche que nous serons accommodés (déclarait-il). Secondé par quelques dynamiques confrères, Emile Baudelot, s’active efficacement, cherchant des capitaux, un emplacement et une compétence technique. Il cherche à contrecarrer rapidement l’importation de bières lorraines qui approvisionnent largement le département. Vue la position des Ardennes, son investigation passe par le nord, première région brassicole de France, et par l’est, seconde région. Il s’assure enfin le concours d’un brasseur lorrain Louis Moreau, qui, dans ses brasseries de Saint-Nicolas-de-Port et de Vézelise, fabrique une bière d’excellente qualité.

Enfin, réunissant leur savoir-faire et leurs dommages de guerre, 17 brasseurs régionaux fondent, le 12 juillet 1921 sur l’emplacement de la Malterie Ricard-Février à Sedan, la Grande Brasserie Ardennaise. Une brasserie nouvelle, de grande capacité (on visait les 100 000 hectolitres), au pouvoir innovant. Le choix du lieu s’est porté sur cette malterie située à proximité de la voie ferrée, à la périphérie de Sedan où des terrains sont encore disponibles pour le développement futur de l’entreprise. A noter que, soucieux de contrôler un futur concurrent, Louis Moreau fait entrer les Brasseries de Vézelise et de Saint-Nicolas-de-Port pour 25% dans le capital de la jeune société.

Dès l’origine, la GBA va se lancer dans la fermentation basse, selon les meilleures techniques du moment, produisant des bières de première qualité. Si les statuts de la nouvelle société, sont déposés le 12 juillet 1921, il faudra attendre trois longues années pour voir sortir le premier brassin (25 novembre 1924). Afin de mettre en œuvre les nouvelles techniques brassicoles (fermentation basse), il faut faire appel à de nouvelles compétences ; Louis Moreau propose un homme qu’il connaît bien, puisqu’il a dirigé avant guerre, la brasserie de Vaucouleurs, déjà associée aux brasseries de Lorraine susnommées. Ce jeune brasseur s’appelle Maurice Jasson.

Au début de 1925, la première bière est envoyée à tous les membres du conseil d’administration, aux fondateurs, puis aux ouvriers ayant œuvré à la construction de la brasserie.

En 1926, achat des premiers camions, des Saurer, marque suisse ; camions robustes et de grande qualité, (certains rouleront pendant trente ans), ils vont permettre d’étendre le rayon d’action de la brasserie.

En 1928, la G.B.A. achète à Mohon la brasserie Pelletier qui fabriquera de la bière à fermentation haute jusqu’en 1932. Elle installe dans cette dernière un dépôt central de ses bières qui comprend en outre une fabrique de glace, d’eaux gazeuses et une cidrerie moderne.

Après l’achat d’une seconde brasserie, à Charleville cette fois, la G.B.A. s’ouvre toute grande la porte des consommateurs de la première agglomération des Ardennes.

Pour faire face à la crise de 1929, Maurice Jasson décuple son énergie et lance quatre actions concomitantes :

  • Création de dépôts dans les secteurs des Ardennes, là où la G.B.A. n’avait pas obtenu la collaboration de distributeurs locaux ;
  • Lancement de la bière en litre, vendue par les magasins à succursales multiples alors en plein développement ;
  • Recherche de nouveaux débouchés régionaux et à Paris ;
  • Développement d’activités annexes : production de limonade et de cidre.

Par rapport à la première année complète d’exploitation, la production a doublé, atteignant 100 000 hl en 1930.

En février 1929, Louis Moreau, brasseur à Vézelise devient président de la Brasserie de l’Espérance, située rue Baron Quinart à Charleville. La production de bière de celle-ci sera vite rapatriée à la brasserie de Sedan, qui conservera la marque pour continuer à approvisionner les consommateurs en bière de l’Espérance. En 1930, la société Brasserie de l’Espérance est dissoute. Malgré la crise économique de 1929 dont les effets se prolongent pendant de longs mois, la G.B.A. poursuit sa progression, et au cours de l’Assemblée Générale, Louis Moreau, président de séance tient à témoigner à la direction générale, aux collaborateurs du personnel technique, administratif et ouvrier, toute sa reconnaissance pour le dévouement auquel il a la satisfaction de rendre hommage ici.

Les 15 jours de chaleur tropicale en août 1932 ont permis de réaliser une année correcte. La bière de Sedan part à la conquête des départements limitrophes (Stenay et Verdun dans la Meuse, Ornaing dans le Nord), puis en 1934, Villerupt (54) et Hirson (02)… et même la région parisienne. L’ancienne brasserie de Verdun devenue dépôt, (dirigé par M. Remy), et qui distribuait les bières de Sedan et de Vaucouleurs, revêt une grande importance : à l’époque, c’est la quatrième ville touristique de France ; les vétérans s’y rendent très nombreux en pèlerinage, les familles viennent sur les lieux de combats de leurs parents. Les cafés débitent de la bière en abondance à ces touristes venus des tous les coins de France et même de l’étranger.

En 1938 la G.B.A. employait 200 personnes et produisait  80 000 hl de bière dont 40% de bière de luxe, 10 000 hl de boissons gazeuses et 6 000 hl de cidre.

En 1939, la G.B.A. fait l’acquisition d’un terrain de 5 455 m² appartenant à la Cie des Chemins de Fer Départementaux (ligne Sedan – Bouillon, supprimée quelques années plus tôt), terrain attenant au bâtiment de la canetterie avec 35 m de façade avenue Pasteur, pour un montant de 136 375 Fr. Les travaux d’extension de la canetterie devaient commencer en septembre. Cette année est marquée par un net ralentissement des ventes en raison de la mobilisation ; camions réquisitionnés, certains entrepôts fermés, faute de main d’œuvre, d’autres exploités par les femmes des mobilisés. A Paris, les ventes de l’entrepôt ont chuté de 75%. La production de cidre baisse de 14%, celle de glace, de 5%.

L’invasion de la Pologne entraîne la déclaration de guerre, le 1er septembre 1939. Mobilisation générale ! 75% de l’effectif de la G.B.A. part sous les drapeaux, la production tourne au ralenti. En attendant un prompt retour parmi nous, la direction prend des dispositions pour venir en aide aux mobilisés ainsi qu’aux familles de certains d’entre eux particulièrement déshéritées. La production est réduite à 30%, la bière est vraiment de faible densité. Au cours de l’année 1943, on s’enlise dans l’occupation, il faut jongler avec les contraintes de l’économie nouvelle, maintenir l’activité en dépit de l’aggravation grandissante des difficultés diverses résultant du prolongement de cette période particulièrement pénible.

Le 6 septembre 1944, Sedan est enfin libéré, mais si la victoire est en marche, la reconstruction économique sera plus longue. Il faudra attendre 1947 pour recevoir des malts et des houblons en quantité suffisante afin de fabriquer une bière de bonne qualité.

Pour la G.B.A., la production de 1939 ne sera atteinte qu’en 1956 ! En raison de la destruction massive des chemins de fer, la logistique demeure un problème crucial. Aussi, la Brasserie doit-elle assurer elle-même ses approvisionnements.

En 1946, Sedan brasse pour l’armée américaine qui livre les matières premières et vient chercher les produits finis à la Brasserie, cependant, la qualité du houblon est toujours moyenne.

La SNCF fait un très gros effort pour remettre rapidement le réseau en état de marche. A Mohon, la production d’eaux gazeuses est bonne, celle de cidre est mauvaise en raison d’une mauvaise récolte de pommes. Le manque de main d’œuvre se fait cruellement sentir car un certain nombre de réfugiés sont resté sur place. La pénurie de matières premières est toujours préoccupante. Il ne faut surtout pas s’imaginer qu’une fois l’armistice signée, toute l’économie tourne à nouveau à plein régime.

Conséquence des hostilités, de nombreuses brasseries ont disparu ; il n’en reste que 21 dans les Ardennes et 4 dans la Marne ; dès 1951, la brasserie du Fort Carré à Saint-Dizier (Haute-Marne), passe sous le contrôle de Champigneulles.

Cependant, la G.B.A. poursuit son développement, installe une nouvelle canetterie en 1949.

Les destructions de la guerre n’auront pas épargné les cafés de la ville : aux Soquettes, la plus belle terrasse de la ville a quasiment disparu. Certains commerces se réinstalleront dans des baraquements provisoires.

L’année 1949 marque le retour progressif à la liberté d’approvisionnement, mais la sécheresse a fait grimper les prix (orge + 7,5%, houblon + 63%). Heureusement, le beau temps de juin à octobre a favorisé les ventes. La production approche celle des meilleures années d’avant-guerre. De ce fait, la canetterie est saturée, il a fallu recourir aux heures supplémentaires toujours plus onéreuses. Le relèvement de la qualité et de la densité, le lancement de nouvelles marques de bière ont provoqué un revirement très favorable de la clientèle. Les exportations (vers les colonies), progressent. Le négoce de vin se limite à l’arrondissement de Sedan. Une prime exceptionnelle a été allouée à tout le personnel.

Après quelques années à différents postes, Michel Jasson intègre la direction de la G.B.A. aux côtés de son père ; il va s’attacher à donner une nouvelle impulsion à la brasserie. Les travaux d’extension de la canetterie commencent.

L’année 1951 est marquée par le développement de l’exportation. La G.B.A. exportent vers les colonies d’Afrique et d’Indochine par l’intermédiaire de SODIBO. A une époque où les matières premières sont encore parfois difficiles à approvisionner, la G.B.A. trouve, par le biais de cet agent, plus facilement du malt pour pouvoir exporter. Les bouteilles de 65 cl sont placées dans des caisses en bois et surmontées de croisillons s’emboîtant sur les cols, pour bien les tenir en place. C’est aussi le début des boîtes métal qui voyagent mieux que les canettes en verre et qui ne sont pas consignées.

En 1952 Jean Niedermayer, ingénieur brasseur prend la succession de René Gonthier, le premier directeur technique de la G.B.A. En raison d’une saison estivale très chaude, il faut doubler les équipes aux chaînes d’embouteillage pour satisfaire une demande exceptionnellement élevée.

En 1953, lancement de la marque KOK pour les boissons gazeuses.

Vers 1955, la prospection commence à Reims, et porte rapidement ses fruits grâce à la compétence et le dévouement de ses premiers acteurs : Lucien Bluzat, chauffeur-livreur, fait la tournée des cafés avec Roger Duchenet, inspecteur principal à la G.B.A. . Ils font du porte à porte et du laisser sur place. Leur technique : entrer dans un café, commander une bière, et …proposer une Sedan. Une de leurs premières visites se déroulant chez M. Fenat, cafetier rémois, leur réserva une grosse surprise : comme d’habitude, ils commandent une bière et le patron leur sert une Sedan ! Qu’il achetait, discrètement, au dépôt de Rethel.

Maurice Jasson, prend (sur le papier), une retraite bien méritée ; toutefois, du brassin aux bureaux, on verra longtemps la silhouette de ce patron toujours soucieux du devenir de sa brasserie. Son fils Michel lui succède en 1955.

En 1956 Le nouveau soda KOK, doit bientôt changer de nom, pour éviter un procès avec Coca-Cola (qui utilise Coke). L’U.A.S.T. remporte la coupe de France en battant Troyes. La G.B.A. fabrique une bière spéciale, distribuée dans tous les cafés de Sedan.

En 1957, 3 semaines de canicule en juin et juillet ont saturé les terrasses, la bière coule à flots pour étancher la soif de maints gosiers déshydratés. Ceci s’est traduit par une excellente année.

La G.B.A. étend son réseau de distribution par de nouveaux points de vente : Epernay, Romilly-sur-Seine, Fère-en-Tardenois, Crépy-en-Valois, (créé par M.Bluzat, ancien du dépôt de Reims) ; elle achète la brasserie Agon à Floing (qui fabriquait de la bière de ménage, de la bière bock, du Cidragon, à l’effigie des dragons), et cesse la vente de vin sur le Sedanais. Une partie du personnel Agon est reprise par la G.B.A.

Toutes les fabrications sont regroupées sur le site de Sedan ; la nouvelle fabrique de limonade a permis un gain de productivité très appréciable (+ 36% par rapport à 1956).

La brasserie dispose maintenant de trois lignes d’embouteillage ; une nouvelle laveuse d’une capacité de 15 000 bouteilles/h est mise en service.

Achats de nouveaux véhicules, caisses, bouteilles, futaille…

Le pic de la demande due à la canicule a pu être satisfait, mais il faudra à nouveau investir, décision est prise pour la réalisation de nouvelles caves de garde.

A la fin des années cinquante, outre les Ardennes, la Meuse, l’Aisne et la Marne, la G.B.A. élargit l’horizon de sa distribution en s’implantant dans de nouveaux départements.

Dans la région du Nord, grande consommatrice de bière, il existe de nombreux brasseurs, toutefois, malgré cette concurrence omniprésente, la G.B.A. arrive à trouver dépôts et débits de boissons.

Dans la région parisienne, Couderc, un Auvergnat, se taille une bonne place auprès de ses compatriotes « café, bois charbon » et devient un grand entrepositaire de la bière de Sedan.

En 1957, toutes boissons confondues, Mohon et Sedan produisent 150 000 hl. Le parc automobile se monte à 42 camions allant du 2,5 T au 12 T.

L’année 1959 marque une année record pour la brasserie française qui dépasse 18 millions d’hl, dépassant l’année 1931, (+ 6,7% par rapport à 1958 et + 44, 4% par rapport à 1954). Mais les importations de bières étrangères, encore faibles, ont progressé de 30% et les exportations de bières françaises vers nos partenaires européens, restent à un bas niveau.

Un dépliant, édité en 1955 par Bolar présente formidablement bien la Brasserie et ses produits.

Indispensable pour une brasserie, l’eau est pompée à Wadelincourt ; la tour carrée est le château d’eau ; la station de pompage de Wadelincourt étant devenue insuffisante, une nouvelle station de pompage avec un débit plus important est forée à la Z.U.P., (là où se trouve le nouveau stade de football, Louis Dugaugez ; une conduite d’eau passant sous le pont de la gare.)

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La brasserie se divise en trois partie principales :

Le centre technique regroupant :

  • Les silos : stockage de l’orge
  • Le moulin : réduit le malt en farine
  • La salle de brassage comprenant 3 chaudières en cuivre, rutilantes : chaudière d’empâtage, chaudière à trempes, et chaudière à houblonner.
  • La fermentation
  • Les caves de garde : cuves en acier vitrifié
  • La centrale frigorifique
  • Le traitement des eaux
  • La filtration

La partie mécanique :

  • Soutirage des fûts
  • Soutirage des bouteilles
  • Rinçage des fûts
  • Caisserie : stockage et réparation des caisses en bois
  • Château d’eau

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Les bâtiments divers

  • Garage : pour la flotte de camions

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  • Atelier mécanique
  • Atelier d’entretien : le service d’entretien intervient rapidement pour les transformations et réparations ; tenu longtemps par M. Chenal ; après son départ en retraite, Jacky Niedermayer lui succédera.
  • Quai d’expédition route : pour les livraisons aux entrepôts et dépôts proches ainsi que pour les tournées à domicile
  • Embranchement ferroviaire : pour la livraison des dépôts lointains et l’exportation
  • Les bureaux : outre les services administratifs et comptables, le bâtiment abrite au rez-de-chaussée, l’accueil, le standard téléphonique et la salle de réception avec bar.
  • Service social
  • Conciergerie
  • Maisons ouvrières